Chapitre 1

13/10/2024

Hors de ma fenêtre, un brouhaha me fit lever les yeux de mon parchemin amplement entamé. Je soufflai, dérangé dans ma lecture de ces nouveaux sortilèges. Alors que j'allais simplement retourner à ma lecture sans plus me soucier de cette distraction sonore, un mot notifia mon attention ; "mort". Plusieurs dizaines de personnes scandaient avec hargne ce mot, accompagné d'une phrase tout aussi inquiétante. J'eu à peine le temps de l'entendre qu'un autre garde pénétra en courant dans la pièce, un regard empli de panique. J'haussai un sourcil, surpris et compris dans la seconde qu'il y avait sans aucun doute un lien avec la manifestation en cours à l'extérieur du bâtiment.

"Lox, le roi nous demande, c'est terrible. Le moment qu'ils redoutaient tous est arrivé. Ils sont après le prince, ils veulent sa mort."

Je me levai violemment aux mots de Dylan, et roulai le parchemin sur lui-même avant de le ranger précipitamment. Mes yeux brillaient de colère et j'eu du mal à me reprendre alors que mon camarade m'expliquait que le roi nous attendait dans la salle du trône. Comment les Bulbins avaient-ils osé entrer sur nos terres en clamant leur désir lugubre ? Le prince était en terrible danger et je savais au fond de moi que le roi prendrait les mesures nécessaires afin de le garder en vie. Il tenait par-dessus tout à son enfant et cette malédiction au destin funèbre le laissait de marbre : elle n'était pas une raison suffisante pour laisser son enfant mourir. J'acquiesçai en sortant de la pièce et traversai les couloirs du château, Ety sur mes talons. Il continuait de parler de ces soldats et paysans Bulbins, venus défendre leur roi d'une "menace imminente". A les entendre, le prince était un assassin aguerri en route pour tuer le roi de leur royaume. S'ils savaient que le prince en question n'était qu'un jeune enfant d'une quinzaine d'années, perdu dans sa chambre plus grande que la plus étendue salle du château. Il n'avait aucune idée de la vie, ni même de cette malédiction qui aujourd'hui faisait planer une menace de mort au-dessus de sa tête.
J'entrai dans la salle du trône et m'agenouillai aussitôt devant le monarque. Dylan s'agenouilla à son tour à mes côtés et baissa sa tête en signe de respect. Le roi ne perdit pas de temps et nous fit signe de nous relever, son visage inquiet nous faisant comprendre que ces révérences n'étaient pas pour aujourd'hui. Nous attendîmes avec patience qu'il daigne nous expliquer la situation ainsi que les mesures qu'il comptait prendre pour protéger son fils.

« J'imagine que vous avez compris la situation, chevaliers. Commença le roi Cayn en soupirant, les paroles emplies d'un désespoir; Il est temps pour moi de me séparer de mon fils, et de le sortir de ce château qu'il a connu toute sa vie. »

Mon regard croisa celui de Dylan, et on hocha la tête, en accord. Nous savions que ce château n'était pas imprenable, et qu'il allait falloir agir en dehors de ces murs afin de protéger le prince Mytha. Avant que le roi ne puisse continuer, Dylan demanda :

« Avec tout mon respect, monseigneur. Qu'en est-il de vous ainsi que de la reine ?
— Nous allons rester ici, afin que l'envahisseur ait une barrière à franchir avant de retrouver mon fils. Si je vous ai conviés tous deux ici, c'est parce que vous êtes ceux en qui j'ai le plus confiance. Je pourrais mettre ma vie entre vos mains, les yeux fermés. Mais aujourd'hui, c'est la vie de mon fils que je vous remets. Vous allez devoir au plus vite l'emmener chez nos alliés, les Tzeks. Là-bas, la reine Jyenn vous protégera et les ennemis mettront du temps à s'y rendre.»

Je senti que Dylan acquiesça à contre-coeur, soucieux de laisser nos rois seuls et sans notre protection aux mains de l'ennemi. J'étais d'accord avec lui, mais l'ordre de sa majesté passait avant nos modestes inquiétudes. J'hochai alors de la tête et notre roi baissa la sienne en signe de remerciement. Il nous conduisit ensuite à la chambre du jeune prince, qui ne se doutait en aucun cas de la situation.
Le roi fracassa presque la porte à son entrée et suivi de la reine ainsi que de nous, deux gardes royaux, nous fûmes témoins de la mine effarée du plus jeune. Les cris duraient depuis plus d'une dizaine de minutes maintenant, et il devait s'inquiéter pour sa vie, ainsi que pour la situation - se doutant d'un possible lien avec cette fameuse malédiction qui lui était inconnue -. Depuis trois ans environs, c'est-à-dire mon affectation à la garde royale rapprochée, je n'avais jamais caché mon désaccord face à ce choix de cacher au prince la malédiction qui le concernait. Jamais je n'avais franchi la limite, en allant lui expliquer de quoi il en retournait, mais l'envie était restée présente pendant ces trois années. Dylan m'avait avoué être plutôt de mon avis, lui qui était arrivé un an après moi dans ce régiment, mais n'avait jamais osé aller à l'encontre des désirs de son roi. Évidemment, il en était de même pour moi : et voici que nous nous retrouvions à devoir protéger un prince, risquant à tout moment de mourir sans même savoir pourquoi.

« Mytha, mon fils. Commença la reine de sa voix douce.
— Mère, que se passe-t-il ? Est-ce à propos de cette malédiction ? Pourquoi n'en sais-je toujours rien ? Demanda Mytha, alarmé. Il lança un regard déconfit aux autres personnes présentes, et nous baissâmes tous la tête, détournant nos regards du sien. Comment réagir face à lui, alors que nous savions tout depuis le début ?
— Oui, Mytha. Avoua sa mère; Et aujourd'hui, il est temps pour toi de partir d'ici, afin que ces terribles soldats Bulbins ne te trouvent jamais. Tu es en danger ici, ils arrivent. C'est pourquoi ton père a demandé à Lox et Dylan de te protéger, de partir avec toi chez la reine Jyenn, qui t'offrira couvert et protection le temps qu'il faudra.
— Mais mère, et vous ? Vous viendriez avec nous ?
— Mytha. Tu sais qu'il est de notre devoir de rester auprès du peuple. Répondit le roi, coupant net les demandes de son fils; Tu dois partir à présent, au plus vite.»

Sous le regard strict de son père, le prince acquiesça et lança un regard inquiet et désapprobateur à sa mère en attrapant à bout de bras son manteau de fourrure noire et un sac en tissu. Il s'approcha de moi, et j'aperçus son regard noir, déterminé et criant de douleur que je ne reconnut pas comme celui d'un enfant de tout juste quinze ans. Ety glissa une gourde pleine d'eau et quelques pains dans le sac en tissu du prince et promit au roi de prendre soin de son fils. Ce dernier sortit de la pièce sans un regard en arrière et je le suivit sans perdre une seconde afin de ne pas le perdre de vue. Je savais qu'au fond, il était perdu dans ces événements inquiétants. Je lançai un regard en arrière et vit Ety nous rejoindre en trottinant dans le grand couloir du château.
Le prince se dirigea vers la grande porte, et j'attrapai son épaule en l'arrêtant.

« On nous verra à coup sûr si nous passons par là, votre majesté. Venez plutôt par ici.»

Il acquiesça et suivit mon pas en direction de la porte arrière qu'utilisaient les domestiques. Dylan la referma derrière nous et attrapa trois vieilles vestes de paysans - destinées à être jetées. Il m'en lança une et en enfila une deuxième afin de passer inaperçu auprès des envahisseurs grouillant les rues de la ville royale. Je fis de même, couvrant ainsi la côte de maille qui me protégeait sans mon armure - bien trop voyante - et observai le prince enfiler la dernière veste, en se défaisant de son beau manteau de fourrure. Il ne posa pas de question et se contenta de suivre le mouvement.

« Bien, maintenant allons-y.» Fit Dylan en ouvrant la marche, sortant des bâtisses domestiques du palais. Il commença à marcher dans les rues de la ville en direction de la forêt du sud qui nous mènerait tous les trois au royaume de Tzek. Plus nous nous enfoncions dans les rues, plus le spectacle engendrait un terrible frisson d'horreur le long de notre échine. Les rues pavées étaient couvertes de cadavres de paysans Yelbukins. De braves hommes et femmes ayant tenté d'arrêter l'avancée des Bulbins et de protéger leur prince. L'odeur nauséabonde de la mort pullulait au niveau des cadavres jonchant le sol de la ville - à présent morte. On pouvait entendre les quelques derniers survivants rebelles hurler au loin, sûrement sur le point de mourir à leur tour. Ce terrible sentiment d'injustice surgit en moi et je détournai mon regard des corps au sol, afin de pousser légèrement le prince qui avançait à reculons, soufflant d'effroi face à ce spectacle. On se dépêcha de passer entre les décombres, les bâtiments et Dylan nous conduisit à travers les petites ruelles en recoin. Nous croisâmes quelques silhouettes apeurées autant que déterminées à s'en sortir, et nous les saluâmes avant de passer et d'accélérer le pas jusqu'à la forêt.
Après deux longues heures à arpenter les rues, depuis le château situé au sud-ouest du pays, nous vîmes enfin l'orée du bois à quelques centaines de mètres. L'espoir sembla envahir le prince qui accéléra le pas, revigoré d'une nouvelle énergie. J'haussai les épaules, surpris, et le suivi d'un pas décidé, accompagné de Dylan qui me regardait avec des yeux vides ; perdus dans ses pensées après un tel spectacle.

« Nous y sommes ! S'exclama Mytha lorsque nous franchissions les premiers arbres de la forêt. Son regard surpris se tourna vers nous lorsqu'il ne nous vit pas nous arrêter afin de souffler et faire une pause. Le pauvre, lui qui n'avait jamais autant marché : son espace le plus grand se limitant aux plus grands couloirs du château, il n'était pas prêt à ce qui allait suivre. Je lui fit un sourire contraint et expliqua, sans m'arrêter de marcher :
— Vous savez votre majesté, si on fait une pause à peine toutes les heures, on y arrivera jamais à temps et le royaume des Tzeks sera envahi avant notre arrivée là-bas.
— On est pas bientôt arrivé ? Fit-il, surpris. Dylan ne put s'empêcher de souffler un ricanement et répondit à son tour :
— On en a encore pour quelques jours ! Les royaumes ne sont pas grand votre majesté, mais la distance n'est pas si simple à parcourir à pied.
— Vous pouvez m'appeler Mytha..! Si j'ai bien compris, on en a pour plusieurs jours à se côtoyer, autant que ça se passe dans la bonne humeur ! Soupira-t-il en reprenant la marche, à bout de souffle.
— Oh que oui ! » Fis-je en souriant, déjà épuisé de cette aventure.

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